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Ces douze dernières années, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a pris cinquante‑deux sanctions contre des chaînes de télévision détenues par le groupe Vivendi de Vincent Bolloré, dont seize pour la seule année 2024, confirmant l’idée que ces médias ne cessent de défier le cadre normatif existant.

Ces sanctions s’inscrivent dans un contexte inédit : la presse écrite comme les médias audiovisuels font face à une crise de confiance sans précédent.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 29 juillet 1881, la presse bénéficie en France d’un statut spécifique qui reconnaît son rôle éminent dans la vitalité démocratique du pays, tandis que le principe de régulation des médias audiovisuels est consolidé depuis la loi du 30 septembre 1986.

La concentration des médias, présentée comme un impératif de rentabilité et une réaction au bouleversement des usages induits par la révolution numérique à l’œuvre depuis près de quinze ans, est aujourd’hui devenue une façon de consolider la ligne éditoriale uniformisée d’un groupe, et par conséquent, d’assoir une stratégie d’influence de l’opinion publique. Via Vivendi, la « galaxie Bolloré » contrôle par exemple l’ensemble de la chaîne de valeur des médias qu’il possède, présentant cette concentration verticale comme un stratégie industrielle visant à faire émerger des « champions nationaux. »

Or, cette concentration structurelle pèse directement sur le pluralisme. La presse hebdomadaire écrite connaît une baisse importante de sa diffusion, perdant environ 8 % de titres depuis 2019. Dans le monde audiovisuel, la rareté des fréquences a conduit à faire du pluralisme interne une exigence réglementaire, mais la réalité des antennes et des titres montre de fréquentes dérives.

Ainsi, régulièrement, les chaînes de télévision du groupe Vivendi portent directement atteinte aux principes fondamentaux de la démocratie en ne respectant pas leurs obligations. Pour ne citer qu’elle, la chaîne CNews, sanctionnée par l’Arcom à maintes reprises, répand régulièrement des informations trompeuses et va à l’encontre de la démocratisation des connaissances scientifiques, privant les citoyens d’informations fiables et faussant le jugement collectif. Une démocratie qui ne garantit pas l’exactitude des débats perd sa capacité à répondre efficacement aux enjeux nationaux et à défendre l’intérêt général.

En guise d’exemple, la diffusion d’assertions telles que « l’immigration tue » dans La Matinale du weekend encourage la haine et les comportements discriminatoires à l’égard de populations vulnérables, et a valu une sanction pécuniaire de l’Arcom. Autre cas notable, la diffusion de chiffres mensongers sur l’Interruption Volontaire de Grossesse, décrite dans En quête d’esprit sur CNews comme la « première cause de mortalité dans le monde » au même titre que le tabac, trahit l’absence d’exigence de rigueur et d’honnêteté intellectuelle de la chaîne.

Au vu des motifs de mise en garde et des sanctions prononcées par l’Arcom ces deux dernières années, le groupe Vivendi est un cas d’école du danger pour la démocratie que représente la concentration des médias.

Créés pour répondre à l’ampleur de ces enjeux, le rapport de la commission d’enquête sénatoriale sur la concentration des médias présenté en mars 2022, les États Généraux de l’Information lancés en juillet 2023, et la proposition de loi déposée par la sénatrice Sylvie Robert en juillet 2024 n’ont pourtant pas trouvé de débouchés législatifs. Le cadre actuel, basé sur des sanctions prononcées a posteriori, montre ses limites : il ne dissuade pas suffisamment les stratégies de concentration, ni ne prévient à l’idylle les risques d’atteinte au pluralisme.

Dans ce contexte, la présente proposition de loi vise donc à prévenir les risques liés à la concentration médiatique en fixant des critères cumulatifs d’incompatibilité de contrôle au sens de l’article L. 233‑3 du code de commerce. Elle réaffirme le pluralisme comme impératif démocratique et confère aux journalistes un droit d’agrément à la nomination de leur directeur ou responsable de la rédaction par un vote des journalistes professionnels au sens de l’article L. 7111‑3 du code du travail. Cet agrément est obtenu à la majorité de soixante pour cent des suffrages exprimés, représentant au moins la moitié des journalistes professionnels employés.

L’article 1er modifie la loi n° 86‑1067 du 30 septembre 1986 pour introduire des critères cumulatifs fixant un seuil de détention incompatible avec le pluralisme des médias. Il interdit par conséquent à une même personne physique ou morale de détenir simultanément plus de deux « types » de médias.

L’article 2 introduit le droit d’agrément dans la loi du 29 juillet 1881 et la loi n° 86‑1067 du 30 septembre 1986.

L’article 3 gage la présente proposition de loi.

Voir ma proposition de loi sur le site de l’Assemblée nationale.

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